Halte aux idées reçues

Alcool et cannabis au volant

1 ) J’ai l’habitude de boire, je reste lucide. Je peux donc conduire.

FAUX

Lorsqu’on boit de l’alcool régulièrement, on en perçoit moins les effets, mais cela ne change rien au taux d’alcoolémie … et pas grand chose à ses effets (mauvaise perception du risque, baisse de la vigilance, réflexes troublés, restriction du champ de vision, etc.).

 

2 ) Quand je conduis, je ne bois jamais d’alcool fort… Mais du vin ou des bières à table, c’est sans danger.

FAUX

Un demi de bière de 25 cl à 5° équivaut à un verre de vin de 10 cl à 12°, qui est lui-même égal à 3 cl de Whisky ou de Cognac (alcool à 40°). Toutes ces quantités d’alcool représentent à peu près 10 gr d’alcool pur.

 

3 ) Fumer du cannabis avant de prendre le volant n’est pas dangereux, car c’est une drogue douce. J’ai l’impression que cela m’apaise et me fait conduire plus doucement.

FAUX

L’image de la drogue douce du cannabis est fausse. Elle date des années 1970, quand la résine de cannabis était peu dosée en delta 9 (tétrahydrocannabinol (THC, principe actif du cannabis), de l’ordre de 2 à 6 %.

Aujourd’hui, la résine de cannabis atteint de 34 à 47 % de THC avec les OGM. De plus, le cannabis est un psychodysleptique, c’est à dire qu’il appartient à la catégorie des hallucinogènes comme le LSD.

Des études ont montré que les fumeurs avaient tendance à rouler moins vite, d’autres ont aussi révélé que le cannabis avait un effet désinhibant qui pouvait, par exemple, inciter à griller un feu rouge. Ce cannabis modifie la perception des formes, des distances, des volumes. Une voiture va paraître plus ou moins grosse qu’elle ne l’est en réalité. Jan Ramaekers, l’un des chercheurs les plus réputés sur le cannabis, a démontré que lorsqu’il s’agit de doubler une voiture alors qu’une autre arrive en face – une tâche compliquée impliquant de nombreux paramètres – un fumeur de cannabis n’y parviendra pas. A la question « ça passe ou ça passe pas ? », celui-ci va prendre la mauvaise décision, car il subit une modification sensorielle. Il voit la voiture en face déformée et est incapable de mesurer la distance. Cela à 90 % des cas.

4 ) J’attends toujours deux à trois heures après mon dernier verre avant de reprendre le volant.

VRAI et FAUX

Tout dépend de la quantité d’alcool que l’on a bu, car le corps ne peut éliminer que 0,10 à 0,15 g d’alcool par heure. Attention, les hommes prennent 0,20 g à chaque verre et les femmes 0,25 g (environ).

 

5 ) Je suis un excellent conducteur. Même au-dessus de 0,5 g d’alcool dans le sang, je conduis toujours mieux que l’automobiliste moyen.

FAUX

Lorsqu’on dépasse le taux légal, le risque d’accident est multiplié par trois ou quatre quelle que soit la qualité du conducteur. Au-delà, il continue à augmenter de façon exponentielle selon la quantité d’alcool consommée. Ainsi, à 0,8 g/l, le risque est 10 fois plus important. À 1,2 g, il est 35 fois supérieur, et à 2 g il l’est 80 fois plus ! En fait, la différence entre conducteurs joue, mais principalement en dessous du seuil légal de 0,5 g/l.

« Entre 0,2 et 0,5 g d’alcool, certaines personnes, notamment les jeunes, ont des effets de l’alcool plus marqués. Le risque d’accident d’un jeune de 22 ans à 0,2 g/l est équivalent à celui d’un homme de 40 ans à 0,5 g/l d’alcool. Pourquoi ? parce qu’on a de meilleurs automatismes, c’est à dire un meilleur coup de volant avec de l’expérience quand on conduit depuis 20 ans. Les réflexes sont de meilleure qualité » explique le docteur Mercier-Guyon.

 

6 ) Je préfère fumer un ou deux joints et prendre une ou deux bières que m’enivrer au Whisky. C’est moins dangereux quand on reprend la route en fin de soirée.

FAUX

Les effets cumulés de l’alcool et du cannabis, même à faible dose, sont dévastateurs. Le risque d’être responsable d’un accident mortel est 14 fois plus élevé pour ceux qui associent les deux produits ! Selon une étude scientifique (Lamers et Ramaekers en 2000), la combinaison d’une alcoolémie de 0,4 g/l et de quelques joints (équivalent à THC 200 ug/kg) est équivalente à une alcoolémie de 1,4 g/l.

 

7 ) En dessous de 0,5 g/l, on est forcément capable de conduire, puisque c’est la limite légale !.

VRAI et FAUX

Selon le docteur Mercier-Guyon, on est capable de conduire, et au risque de choquer, on est même capable de conduire lorsqu’on est au-dessus du taux légal, mais on a un sur-risque d’accident important ! A 0,5 g d’alcool dans le sang, on est pas ivre au volant. Mais il ne faut pas croire qu’en dessous de ce seuil de 0,5 g les effets de l’alcool soient neutres. La réglementation reste la réglementation, attention de ne pas l’oublier !

 

8 ) Quand j’ai fumé des joints, j’attends deux à trois heures avant de reprendre le volant. Après, je sens que j’ai repris le contrôle et que je peux conduire

FAUX

Là encore, tout dépend de la quantité de cannabis consommé. Les effets psycho-actifs sont immédiats (quelques secondes à quelques minutes), et leur durée est rarement supérieure à deux, trois ou quatre heures après la consommation d’un seul joint. Lors du contrôle de dépistage, les forces de l’ordre utilisent un test salivaire ou urinaire. Plus fiable, ce dernier permet de détecter le THCCOOH dans l’urine. Le THCCOOH, produit par les reins à partir du THC présent dans le sang, peut rester jusqu’à un mois pour un joint, voire plus suivant la consommation. Le test urinaire peut donc se révéler positif si un individu a consommé du cannabis, même s’il n’a pas conduit sous cet effet. La prise de sang déterminera si la personne a conduit sous l’emprise de cannabis, en retrouvant le THC. Sachant que pour l’usage simple, la peine encourue est alors d’un 1 an de prison et de 3 750 € d’amende.

 

9 ) Il suffit de manger pour que le taux d’alcool baisse.

FAUX

Le taux d’alcool ne baisse pas si l’on boit de l’alcool au cours d’un repas… mais il montera moins haut. La concentration d’alcool dans le sang reste la même, mais augmente plus lentement quand l’estomac est lui aussi ralenti par la digestion, ce qui est le cas lorsqu’on a mangé.

Une personne qui prend une certaine quantité d’alcool sans manger verra son taux d’alcool monter à 1,5 g, puis descendre à 1,2 g au bout de deux heures. Mais si cette même personne prend la même quantité d’alcool en mangeant, elle va monter à 1,2 g, mais au bout de deux heures, elle sera aux alentours de 1 g.

 

10 ) « Quand j’ai trop bu, j’avale un café fort ou une boisson type Feel Better ou je mange des bonbons Croix bleue. Ça trompe les contrôles. »

FAUX

Il faut en moyenne 9 secondes pour boire un verre et 90 minutes pour qu’il soit éliminé totalement par le corps. Et quoi qu’on fasse, boire de l’eau, du café, avaler 2 ou 3 aspirines ou une boisson miracle, cela ne va pas plus vite. La seule recette : attendre.

Lors d’une expérience, nous avons essayé de faire boire du café très fort à « Christian ». A 16 h 45, son taux d’alcool est de 0,76 g/l de sang ; il boit deux cafés coup sur coup : son taux est identique à 17 heures, tout comme à 17 h 16. Il avale ensuite 50 grammes de chocolat noir, car certains « tuyaux » qui s’échangent sur Internet affirment que souffler dans un éthylomètre juste après avoir mangé du chocolat trompe l’appareil. C’est faux ! Que cela soit immédiatement après ou une demi-heure plus tard, l’éthylomètre reste intraitable.

Autre expérience : En ce qui concerne le Feel Better, nous demandons à « Jean-Paul » et à « Lucas » d’en boire une fiole à 13 h 50 et une autre à 15 h 10. Comme nous nous y attendions, le miracle ne se produit pas. Le taux d’alcool de « Jean-Paul » s’élève à 0,80 g juste après avoir bu le premier Feel Better, puis il boit deux verres de vin à 14 h 50 et prend le second Feel Better 20 minutes plus tard. A 16 heures, il est encore à 0,78 g d’alcool par litre de sang ! Pour « Lucas », le Feel Better n’a pas plus d’effet, son taux d’alcool continue à monter régulièrement pendant cette période à coups de doubles Whisky, c’est tout à fait normal.

De nombreuses études scientifiques ont testé et prouvé que le Feel Better ne marche pas. Comme pour les bonbons Croix bleue, ce produit repose sur une vieille légende basée sur un fond de vérité. Si on injecte une solution de fructose (environ 2 litres) à des personnes en coma éthylique, on diminue leur taux d’alcoolémie. C’est de là qu’est partie une rumeur selon laquelle les bonbons Croix bleue, constitués de fructose, étaient capables d’abaisser le taux d’alcool. Il faudrait en manger environ 5 kilos sur un très court laps de temps pour voir le taux diminuer. Le Feel Better contient, lui, en plus du fructose, des herbes dépuratives hépatiques indiquées en cas de crise de foie. Comme les gens assimilent foie et alcool, ce produit a pu être vendu comme remède miracle, alors qu’il s’agit d’une escroquerie monumentale !

 

Bref : L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Consommez-le avec modération.

GRAILLOT Laurent : policier formateur Anti-drogue, DDSP 54, Nancy.